SIMON- PIERRE GONGO

SIMON- PIERRE GONGO

BURKINA FASO: Sable et Gravillon au bord du Canal

Secteur informel
Des femmes se nourrissent du sable et du gravillon
Une lutte pour la survie dans les abords du canal de wemtenga

     Au Faso la vie est dure. Mais avec plus de créativité on finit par se tirer d'affaires. Sous le soleil, dans le canal de wemtenga deux vieilles femmes font le commerce du sable et du gravillon pour nourrir leurs familles.

      Boulevard du général Charles de Gaulle. Sur l'axe qui va de l'Université au centre hospitalier universitaire pédiatrique, se trouve un canal. Il est communément appelé canal de wemtenga. Du haut du pont du canal qui marque
 la frontière entre les quartiers wemtenga et dassasgho, on aperçoit des buttes aux abords. Ici se mène une activité de ramassage de sable et de gravillon.
Samedi 05 mai 2007, il est 16heures. A notre arrivée sur les lieux, deux femmes d'un âge avancé se livrent à un exercice tout à fait ordinaire. Elles ballaient les abords du canal. Balayer n'est pourtant pas extraordinaire pour ces femmes. Elles le font d'habitude très tôt le matin dans l'enceinte de leurs cours. Mais ce soir là, Awa, 50 ans, n'a pas  seulement que le ballai. Elle tient un plat dans la main gauche et quatre autres vieux plats sont déposés de par le sol. Elle rassemble la terre amoncelée par les eaux de ruissellement. Elle dépose le ballai et prend deux  des quatre plats, un plat large; et un autre relativement petit. Awa place le premier plat par terre et se sert du second.
   

    Elle prélève d'abord une petite partie de la terre qu'elle vient de rassembler. Ensuite elle commence à vanner. Elle sépare le sable des gravillons après
quoi, elle va constituer des tas de sable d'une part, puis du gravillon d'autre part. Après qu'elle a fini de vanner, Awa a encore recours au ballai avec
 lequel elle va remplir ses plats. Une fois les plats remplis, elle les porte un à un sur sa tête jusqu'à l'autre rive du canal où elle constitue les tas. Mais
cette technique n'est pas sa seule manière d'avoir son sable. Après les pluies, elle longe le bord du canal et attend la diminution des eaux de ruissellement pour y  extraire le sable laissé par les eaux. Ainsi, Awa met sur la place du marché un produit marchand.

                             Etre utile et  en tirer profit
 
       Le sable et le gravillon dans la maçonnerie sont des matériaux indispensables. Awa  et ses compagnes le savent bien. Elles vendent leur sable
à une somme de 1000 F CFA la brouette. Leur objectif est de faciliter la tâche des maçons et d'en tirer leur profit. « Nous travaillons ces produits pour aider les maçons et gagner notre pain en retour », a-t-elle laissé entendre. « Ça me permetaussi de subvenir aux besoins de ma famille », poursuit-elle.

      Voici cinq ans que son mari, un  vieil agriculteur, n'a plus de champs pour cultiver à Ouagadougou. Fatigué par l'âge, il ne peut pas non plus
rejoindre la brousse pour continuer ses activités agricoles. Pourtant, le couple Ilboudo, car c'est de lui qu'il s'agit, a quatre enfants dont deux enfants déscolarisés. Ceux-ci ont été obligés d'abandonner les bancs à cause du manque de la scolarité. « Le premier avait onze ans quand il a eu son CEP. On nous a demandé de l'inscrire au secondaire, mais nous n'avions pas les moyens. Le second s'est limité au CE 2 ; lui aussi pour la même raison », se lamente Awa, la mère. « C'est dur pour nous. Si moi, je reste inactive, qui nous donnera à manger ? ».
 

       Par cette vente, Awa se fait un peu de sous ne serait-ce que pour prendre en charge le pain quotidien. Cependant, son activité ne lui garantit aucune sécurité. Elle peut passer plusieurs jours voire des semaines sans avoir un  seul client. Malgré tout, elle rassure qu'elle vit de son métier.   « J'arrive à nourrir mes quatre enfants ainsi que mon mari nous » a-t-elle dit.  Awa compte faire des bénéfices dans sa vente. Mais elle doit désormais faire face à la concurrence.

      Depuis un an  maintenant elle n'est plus la seule à offrir ces marchandises.
Juste à ses côtés, Mariam, une autre femme de son âge fait le même commerce. Elle aussi, nous a-t-elle dit, est venue vendre le sable pour les mêmes raisons de famille. « Nous n'avons pas le secours chez nous. Je cherchais du travail pour subvenir à mes besoins. J'ai vu qu'ici, je pouvais mieux m'épanouir. C'est pourquoi je suis venue le faire », a-t-elle confié. Après un début difficile, Mariam est aujourd'hui fière de faire ce genre de travail nonobstant les regards gênants des usagers de l'Avenue Charles de Gaulle. Vendre le sable vaut mieux que mendier, voilà son slogan. Après plus d'une année d'exercice, Awa et sa compagne disent être appréciées par  les clients. Une raison pour elle d'espérer les avoir plus les jour à venir.


                                                                                       Simon GONGO



13/06/2007
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